Etude du module Galilée

Sun 16 April 2017

Voyant que ceux qui acceptaient les paiement en ğ1 étaient avant tout ceux qui avaient complété leur propre étude du module Galilée, j'ai finalement décider de réaliser la mienne. Ce module est proposé par Stéphane Laborde sur le site de creationmonetaire.info. Il permet de mieux appréhender l'objet de la TRM : la monnaie libre.

Galilée

Galilée

Je tiens à remercier Nay4 pour avoir publié sur son blog sa propre étude du module Galilée. Je m'en suis servi pour les tableaux de comparaisons de variations relatives des valeurs (voir la partie 4) ainsi que pour vérifier mes propres résultats. Elle m'a permis de réaliser la mienne en un temps très court (un après-midi d'étude, un après-midi de rédaction de l'article).

Je me suis donné pour objectif d'apporter un peu de nouveautés dans cet analyse par rapport aux études précédentes, afin de ne pas se répéter entre Galiléens !

Partie 1 - Changements de référentiels dans l'espace

Les changements de référentiels dans l'espace permettent d'affiner l'étude des mesures en isolant certains facteurs (part de la création monétaire dans le stock de monnaie, ou part de le création monétaire dans la valeur du stock monétaire, etc). Les 4 référentiels étudiés sont présentés ci-dessous. Ils affichent les comptes monétaires de trois individus I1, I2 et I3, où la valeur des comptes monétaires pour T=0, on a I3 > I2 > I1.

Le quantitatif

Le quantitatif est l'affichage brut des unités monétaires. Comme celles-ci sont créées exponentiellement, leur affichage dans un graphique à l'échelle linéaire ne permet pas de voir beaucoup de chose à part l'accélération perpétuelle de l'accroissement de la masse monétaire.

Quantitatif

On voit dans cet affichage que les comptes I1, I2 et I3 sont invisibles car ils ont convergé sur 80 ans.

Pour palier à ce problème, l'affichage dans une échelle logarithmique permet de voir les valeurs évoluer dans un contexte d'évolution exponentielle :

Quantitatif à l'échelle logarithmique

On voit alors nettement les comptes converger sur 40 ans. On notera qu'il manque une année sur le compte de I1, car il démarre à 0, et ln(0) n'existe pas. (ln étant la fonction inverse de l'exponentielle, et l'exponentielle étant nécessairement positive, ln(0) est impossible).

Le relatif

Le relatif est l'affichage du montant en quantité d'unités monétaires relativement au montant du DU en unités de monnaies. On divise tous les montants par la valeur du DU courant pour les transposer dans ce référentiel.

Visualiser la monnaie en relatif permet en quelque sorte d'effacer l'augmentation de la masse monétaire par le DU. Dans ce référentiel, à N constant, la masse monétaire est constante. En effet, on compte alors la monnaie en nombre de dividendes universels. Comme chaque création de dividende universel correspond à 10% de création monétaire supplémentaire, dans 100% de création monétaire (c'est à dire, la masse monétaire totale), nous trouvons 10x10% de création de monnaie, donc 10 DU.

Relatif

Il est remarquable que dans ce référentiel, les comptes apparaissent convergeant sur les mêmes périodes qu'à l'échelle logarithmique. On notera la convergence à la moyenne des stocks monétaires à 10.

En quantitatif à sommes nulle

Le quantitatif à sommes nulle est l'affichage de la différence entre le montant en quantité d'unités de monnaie et la masse monétaire moyenne (M/N).

Le quantitatif à sommes nulle est un des référentiels les plus suprenant. Il permet d'effacer le DU des comptes monétaires des individus. Dans ce réferentiel, les comptes varient uniquement à travers les échanges des individus. Il permet de mesurer les balances des comptes en effaçant la création monétaire par le DU.

Quantitatif à sommes nulle

Dans cette étude, nous faisons varier les comptes de trois individus I1, I2 et I3 seulement par la création du dividende universel. Dans ce réferentiel, on voit très nettement qu'aucun échange monétisé n'a lieu entre ces trois individus.

En relatif à sommes nulle

Le relatif à sommes nulle est l'affichage de la différence entre le montant brut et la masse monétaire moyenne relativement au DU. On réalise la différence entre le montant en quantité d'unités de monnaie divisé par le DU et la masse monétaire divisée par le DU.

Le relatif à somme nulle est très proche du référentiel relatif. La création de monnaie par dividende universel fait converger les comptes, mais au lieu de tendre vers le stock de DU moyen, les comptes tendent vers 0. Ce référentiel permet de mesurer les balances des comptes en prenant en compte la création monétaire par le Dividende Universel.

Relatif à sommes nulle

Analyse du référentiel relatif vu comme des taxes

La monnaie dans le référentiel relatif peut-être analysée de la manière suivante :

Dans le schéma ci-dessous sont affichés :

Taxes et Redistributions

On note un élément surprenant à première vue : la taxe appliquée en % sur les comptes "sous la moyenne" est plus élevée que sur les comptes au dessous ou proches de la moyenne. On notera toute fois que le montant total taxé est bien plus faible pour ces comptes, tandis que le même Revenu de base sera redistribué. On pourra en conclure que taxer un % n'a finalement que peu d'importance, et ne signifie pas grand chose si on ne prend pas en compte la monnaie qui est redistribuée via cette taxe.

Analyse de l'équivalence Revenu de Base/Dividende Universel

La TRM contient la démonstration de l'équivalence entre la création de monnaie via un Dividende Universel et la redistribution d'un revenu de base de monnaie taxée. Dans ce point, on cherche à appliquer cette démonstration avec des chiffres pratiques, afin de la comprendre. Je vous retranscrit ci-dessous, avec des mots "non-matheux", ma compréhension de cette démonstration.

Dans un premier temps, nous effectuons un changement de référentiel pour passer du Référentiel "Création monétaire de 10% via un Dividende Universel" à un référentiel "Création monétaire de 3% via un Dividende Universel". La masse monétaire dans le référentiel "croissance à 3%" correspond au ratio M(t+1)/M(0) dans le référentiel DU, que l'on monte à la puissance "Croissance RdB/Croissance DU".

On calcule ensuite le RdB correspondant à cette croissance : C'est le DU(t) dans le référentiel "DU" multiplié par le ratio "Masse monétaire référentiel RdB/Masse monétaire référentiel DU".

De la même manière, on intègre les comptes des individus dans le référentiel "RdB" : C'est le compte I(t) dans le référentiel "DU" multiplié par le ratio "Masse monétaire référentiel RdB/Masse monétaire référentiel DU"

Nous obtenons alors, à partir de comptes qui convergent à une vitesse de 10%/ans dans une masse monétaire qui croit à 10% / an :

On se pose alors la question du : Quel est le % de la taxe calculée qui n'est pas due à la croissance de M ?

Elle correspond à :

On voit alors l'apparition de la taxe de 7% !

Le schéma ci-dessous montre sur le même graphique les comptes de I1, I2 et I3 dans le référentiel "DU" à croissance de 10%/an (échelle de gauche), et les comptes de I1, I2 et I3 dans le référentiel "RdB" (échelle de droite).

Equivalence Rdb DU

Dans le référentiel "Revenu de Base", le nombre d'unités monétaires augmente moins vite, mais les valeurs relatives des comptes convergent à la même vitesse que dans le référentiel "Dividende Universel".

Ce qui est intéressant avec cette démonstration, c'est que l'équivalence ne marche que si la totalité des unités monétaires est taxable. La mise en oeuvre d'une monnaie libre dans une croissance de M à 3% demanderait donc d'avoir un contrôle sur la monnaie présente sur tous les comptes monétaires. Ceci implique un système type big brother, qui bien évidemment n'est pas compatible avec le concept de monnaie libre.

On peut imaginer représenter dans Duniter la monnaie dans une croissance de M à 3% par ce changement de référentiel. Le problème est que les unités monétaires ne vaudraient plus "1" mais un chiffre à virgules. La complexité est évidemment très élevée pour réussir à compter dans ce mode de fonctionnement, et n'apporte donc que très peu de valeur ajoutée, à part rassurer ceux qui auraient peur de l'inflation. Comme Nay4 et Thatoo l'ont déja dit, utiliser une croissance de M à 10% permet de respecter le principe de parcimonie dans le cadre de l'établissement d'une monnaie libre.

Conclusion sur la partie 1

Nous avons vu 4 référentiels, dont trois se distinguent nettement dans leur utilité :

L'analyse du référentiel relatif comme étant une taxe sur les comptes qui serait redistribuée sous forme de Revenu de base permet de montrer que le % de taxe n'a que peu de sens sans prendre en compte la monnaie redistribuée.

Enfin, l'analyse de l'équivalence RdB/DU met en valeur un point important. Implémenter une monnaie libre à travers un revenu de base implique un système de surveillance de la totalité des comptes par un système technique ou humain externe aux individus. Un tel système implique des nuisances au détriment des individus surveillés. Par exemple, la liberté d'échanger dans la monnaie peut-être malmenée (voir le problème de l'auto-censure dans l'internet contemporain, sous surveillance). Ce système n'est donc pas compatible avec les quatres libertés économiques.

La TRM démontre que l'on peut réaliser une monnaie-libre en respectant le principe de parcimonie, sans développer de système de surveillance. Une implémentation est réalisée à travers le projet Duniter.

Partie 2 - Simuler des échanges entre I1 et I3

Dans la partie 2, il nous est proposé d'étudier l'évolution de comptes pour lesquels des échanges monétisés ont lieu. Ci-dessous sont affichés les variations des comptes dans 3 référentiels à nature convergente : le quantitatif, le relatif et le relatif à sommes nulle.

Dans le quantitatif, on voit les comptes monétaires varier et converger autour de la moyenne des comptes suivant l'accroissement de la masse monétaire.

Quantitatif

Dans le référentiel relatif et relatif à sommes nulle, on voit les comptes monétaires varier et converger. Les échanges sont "monétairement oubliés" au fur et à mesure de l'accroissement de la masse monétaire. On peut noter que les échanges mettent pas loin d'une dizaine d'année à vraiment disparaitre des balances des comptes dans ces référentiels, du fait de la création du dividende universel.

Relatif

Relatif à sommes nulle

Dans le référentiel Quantitatif à sommes nulle, les balances des comptes ne varient pas du fait de la création du dividende universel. Les balances des comptes ne s'équilibrent que via des échanges monétisés. En comparant aux référentiels relatifs, on voit quelque chose d'important. Si on prend deux échanges distincts dans le temps mais monétisés du même montant relatif :

Quantitatif à sommes nulle

On concluera que mesurer dans un référentiel de la forme "quantitatif à sommes nulle" peut provoquer un effet de type Raisonnance psychologique important car chaque échange déséquilibre de plus en plus la balance des comptes dans le temps.

Partie 3 - Changements de référentiels dans le temps : remplacement générationnel

Le module Galilée propose ensuite d'étudier l'impact du remplacement générationnel sur la monnaie. Nous étudions ici ce remplacement générationnel avec des individus ne réalisant aucun échange. Trois référentiels sont étudiés ici : le relatif, le quantitatif à sommes nulle et le relatif à sommes nulle.

Relatif

Dans le référentiel relatif, comme on s'y attend, on voit que tout les nouveaux nés voient leurs comptes converger vers la moyenne

Quantitatif à sommes nulle

Dans le référentiel "Quantitatif à Somme nulle", le résultat est particulier : les nouveaux nés apparaissent comme "très endêtés" vis-à-vis des morts... Ceci est du au fait que la monnaie apparait sans le Dividende Universel. Pour autant, la masse monétaire augmente de plus en plus, donc les nouveaux nés apparaissent avec des comptes très en-dessous de la moyenne en nombre d'unités monétaires.

Relatif à sommes nulle

Dans le référentiel "Relatif à somme nulle", on voit les comptes converger. Les nouveaux nés commencent dans le négatif et rejoignent petit à petit 0.

Quand on affiche le dividende universel, dans les référentiels relatifs, les comptes convergent vers la moyenne. Si on avait réalisé des échanges comme dans la partie 2, on verrait que quelque soit l'époque de naissance, le Dividende Universel permet aux nouveaux-nés de ne pas se comparer aux échanges réalisés par les anciens, et notamment en terme de valeurs créées. C'est d'autant plus remarquable si on observe l'évolution de la valeur relative de la monnaie créée par les individus après leur vie. Celle-ci diminue de manière symétrique pour tendre vers 0. La monnaie des anciens est remplacée par la monnaie des vivant !

Relatif et générations

La pertinence du Dividende Universel est ici très claire : dans le référentiel "Quantitatif à Sommes nulle", n'affichant que la balance des comptes en fonction des échanges monétaires et non de la création de dividende universel, un biais apparait fortement en faveur des anciens. Il semble que les nouveaux nés arrivent "redevables" des anciens, avec des comptes toujours sous la moyenne. La différence entre les comptes à l'époque des anciens et les comptes des nouveaux nés est exacerbée au fil et à mesure des années.

Partie 4 - Etablir les variations relatives long terme des prix d'une valeur quelconque

Pour cette partie, afin de gagner du temps, j'ai réutilisé les valeurs extraites par Nay4 sur son article de blog. Afin d'apporter quelque chose de nouveau, j'ai décidé de représenter les variations de ces valeurs sur une échelle logarithmique. Ceci permet de montrer toutes les valeurs sur un seul schéma, et de se concentrer sur leurs variations plutôt que sur leurs valeurs.

Concentrons-nous d'abord sur l'or et l'argent. Si on observe la valeur de l'or et de l'argent en dollars ou en baril de brents, ces deux valeurs apparaissent "en croissance" sur la période 2008/2010 :

Or et Argent

Mais que se passe-t-il si on affiche le prix de l'or en argent ?

Or en argent

Sur la période 2008/2010, la valeur de l'or apparait en descendante ! Mais alors, que peut-on dire ? La valeur de l'or grimpe-t-elle ? Chute-t-elle ? Ou bien est-ce autre chose ? Continuons l'analyse en regardant la valeur du RMI/RSA en €. Si on observe la courbe, elle est croissante : le RMI/RSA est en effet régulièrement indexé sur un "inflation" mesurée par un "panier type".

RMI et RSA

Si on observe l'évolution du RMI/RSA en $, celui-ci a été impacté fortement par les variations des taux de changes €/$. Mais jusque-là, rien d'étonnant a priori.

RMI et RSA en dollars

Maintenant retirons la vue du RMI/RSA en € et en $ du graphe. Observons l'évolution du RMI/RSA par rapport à la masse monétaire € (M3), à l'or et l'argent, au baril de brent et au m² en Ile-de-France et observons : celui-ci n'a fait que chuter tous le long de la période considérée.

RMI et RSA en valeurs

Cette étude montre qu'il n'existe pas de valeur mesurable de manière absolue. La valeur ne peut être mesurée que relativement aux autres valeurs. Ainsi, quand on mesure la valeur de l'or en dollars, on mesure la valeur de l'or relativement à la valeur dollars.

La mesure implique de choisir un référentiel de comparaison. Le problème de cette mesure est qu'elle peut-être déformée par les producteurs de la valeur utilisé pour notre référentiel. Ainsi, les vendeurs d'or et d'argent peuvent décider de réduire leurs ventes, afin de faire monter les prix. Ils déforment alors toutes les mesures qui se réalisaient relativement à l'or et l'argent. De même, quand on mesure relativement au $ ou à l'€, on dépend des producteurs de $ et de l'€. C'est à dire des producteurs de crédits : les agents bancaires. Si de la monnaie est émise par ces producteurs, les mesures utilisant ces monnaies seront déformées.

Les individus peuvent produire leur propre Dividende Universel, dont ils sont tous co-producteurs. Ils le produisent éternellement, pour tous, en même quantité relativement à la monnaie existante. Le Dividende Universel est donc une valeur particulière, car c'est une valeur qui ne privilégie personne vis-à-vis de sa production. Les générations futures produiront leur Dividende Universel en même quantité que les premiers émetteurs. Ainsi, les mesures ne sont plus déformables par les privilègues d'autrui. C'est le principe de liberté en tant que non-nuisance qui est respecté ici, et notamment la troisième liberté économique de la TRM :

C'est en ça que nous appelons Dividende Universel un invariant économique, permettant de mesurer sans subir de déformation sur notre unité de mesure.

Partie 5 - Discussion générale sur la relativité et sur la publication

La relativité des mesures semble permettre de mesurer la valeur de n'importe quelle valeur vis à vis de n'importe quelle autre valeur. Par exemple, pour deux valeurs A et B, il faut alors obtenir une valeur C.

On peut dès lors établir un prix de A en B ou un prix de B en A.

Cette analyse vient vérifier de manière empirique deux des axiomes de la TRM. En effet, nous pouvons notamment voir la cohérence avec deux libertés économiques :

Puisque la transposition des prix dans n'importe quel référentiel peut se faire dès lors qu'un échange avec une unité donnée a eu lieu.

Conclusion

J'invite tout utilisateur de ğ1 à réaliser ce module. Il permet de bien mieux maitriser le concept de la relativité en économie, et ainsi de comprendre pourquoi tendre vers la production et l'échange de valeurs en ğ1, monnaie symétrique, plutôt que d'autres valeurs monétaires.

Le fichier est téléchargeable ci-dessous.

Télécharger Module Galilée par inso